L’intelligence artificielle (IA) débarque en force dans les salles d’endoscopie et promet de booster la détection des polypes. Bonne nouvelle ? Oui, mais une étude polonaise montre aussi l’envers du décor : quand l’IA fait (trop) le travail à notre place, nos propres yeux risquent de perdre un peu de leur acuité.


L’IA, un soutien dans la détection des polypes


Vous allez sans doute passer une bonne partie de votre carrière derrière un endoscope. Et, bonne nouvelle, l’IA est là pour vous donner un coup de main. Branchée directement sur l’écran, elle met en évidence les polypes suspects en temps réel, comme un super collègue qui ne cligne jamais des yeux. Résultat attendu : plus de polypes repérés, moins de cancers colorectaux qui passent entre les mailles du filet.

La vigilance face au risque de perte d’expertise

Mais – car il y a toujours un “mais” – une équipe polonaise a publié dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology une étude qui met en garde contre un effet secondaire inattendu : l’IA pourrait nous “rouiller” un peu. Krzysztof Budzyń et ses collègues ont suivi, entre septembre 2021 et mars 2022, plusieurs centres participant à l’essai ACCEPT. Ils ont comparé les coloscopies faites par les mêmes praticiens, avant et après l’introduction de l’assistance numérique.

Le verdict est sans appel. Avant l’IA, le taux de détection des adénomes était de 28,4 %. Après quelques mois avec l’outil, quand les endoscopistes se retrouvaient sans aide, ce taux chutait à 22,4 %. Une baisse nette de 6 %, et pas due au hasard (p = 0,0089). Autrement dit, en s’habituant à ce “co-pilote numérique”, certains réflexes visuels semblent s’émousser.

Un équilibre à préserver

Faut-il s’en inquiéter ? Pas forcément. Après tout, l’arrivée du scanner ou de l’IRM a bien fait disparaître certains gestes sémiologiques, sans que la médecine s’effondre. De même, la conduite assistée a rendu impossible la conduite sans aide… tout en permettant d’obtenir une plus grande fiabilité et sécurité sur nos routes. L’IA en endoscopie s’inscrit dans cette logique : elle améliore globalement la prise en charge, mais à condition de garder la main.

La vraie leçon pour vous, futurs gastro-entérologues, c’est de ne pas tout miser sur l’algorithme. Oui, utilisez l’IA, profitez de ses bénéfices, mais entraînez-vous aussi à “voir” par vous-même, sans filet. C’est cette complémentarité qui fera de vous de bons cliniciens.

En somme, l’IA est une alliée, pas une béquille. Le défi, c’est de savoir marcher avec… mais aussi sans elle.


À retenir pour vos futures pratiques :

  • L’IA booste la détection des polypes et réduit le risque de cancer d’intervalle.
  • Mais elle peut entraîner une baisse de vos performances quand elle n’est pas là.
  • Gardez vos compétences “à l’ancienne” : entraînez votre œil sans aide numérique.
  • Le gastro-entérologue de demain sera performant s’il sait combiner IA + expertise clinique.

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